Colloque « L’écriture de la philosophie »

Colloque « L’écriture de la philosophie »

Université Paris-Est Créteil/École Normale Supérieure-Paris

24-25 mai 2012

Ce colloque s’inscrit dans un programme de recherches portant sur les rapports entre philosophie et littérature, mené en commun par l’EA Lettres, idées, savoirs de l’Université Paris-Est Créteil et le Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Ces journées font suite à une première rencontre consacrée aux usages du littéraire en philosophie, qui a eu lieu en mai 2011 et dont les actes seront publiés sous la forme d’un volume collectif aux Presses Universitaires de Rennes en septembre prochain. De ce premier colloque était ressorti le constat que la « littérarité » sur laquelle la philosophie peut enquêter est aussi bien le propre de textes que nos classifications contemporaines placent du côté de la littérature que de textes que ces mêmes classifications rangent du côté de la philosophie. C’est à une enquête sur cette littérarité du texte philosophique, cette matérialité littéraire de l’argumentation, qui induit des processus d’écriture et de lecture spécifiques, que le colloque de 2012 entend s’atteler.

PROGRAMME 

 Jeudi 24 mai 2012  Université Paris-Est Créteil, bâtiment i, salle 222

Après-midi – Président de séance : Frédéric Worms (Université de Lille 3/ENS Paris)

14h 00 – Daniele Lorenzini (Université Paris-Est Créteil/Università La Sapienza di Roma) & Ariane Revel (Université Paris-Est Créteil) : Introduction

14h 30 – Colas Duflo (Université de Picardie Jules Verne) : Formes de présence de la philosophie dans le roman au dix-huitième siècle

15h 15 – Jean-Marie Schaeffer (CNRS/EHESS) : Déambuler, marcher, cheminer. Brève notice sur quelques démarches philosophiques

16h 00 – Pause

16h 15 – Lawrence D. Kritzman (Dartmouth College, USA) : Pensez la mort : entre la littérature et la philosophie dans Lazare de Malraux

17h 00 – Dominique Combe (ENS Paris) : Comment doivent écrire les philosophes? L’imaginaire du style national en langue française

 

Vendredi 25 mai 2012  École Normale Supérieure-Ulm, amphi Rataud

Matinée – Président de séance : Pascal Sévérac (Université Paris-Est Créteil/CIPh)

9h 15 – Accueil

9h 30 – Marie Daney de Marcillac (Université de Paris 8-Vincennes-Saint-Denis) : Pour une étude des personnages intelligents dans les textes philosophiques : le cas Ulysse

10h 15 – Orazio Irrera (Université Paris 7-Denis Diderot) : En quête de l’infra-ordinaire : écriture, éthique, espace chez Georges Perec

11h 00 – Pause

11h 15 – Gilbert Vincent (Université de Strasbourg) : Dialogisme et hospitalité langagière : le discours comme concept et comme pratique chez Ricoeur

Après-midiPrésident de séance : Frédéric Gros (Université Paris-Est Créteil)

14h 00 – Létitia Mouze (Université Toulouse II-Le Mirail) : La rhétorique platonicienne : les effets stylistiques dans les Dialogues

14h 45 – Angelo Giavatto (Université de Nantes) : Le style du prokoptôn : écriture et philosophie chez Marc Aurèle

15h 30 – Pause

16h 00 – Laurent Lavaud (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : Métaphores ambiguës : écriture et métaphysique chez Plotin

16h 45 – Clôture

Affiche (A3)   et   Dépliant

Toute personne intéressée est cordialement invitée, dans la limite des places disponibles.

Colloque organisé par l’EA Lettres, idées, savoirs de l’Université Paris-Est Créteil et par le CIEPFC (Cirphles USR3308 CNRS) de l’École Normale Supérieure-Paris.

Pour toute information, veuillez contacter les organisateurs :

Daniele Lorenzini  (d.lorenzini@sns.it)  et  Ariane Revel  (ariane.revel@gmail.com)

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Ce colloque fait suite à une première rencontre autour des rapports entre philosophie et littérature, consacrée aux usages du littéraire en philosophie, qui a eu lieu en mai 2011. Elle avait pour but d’explorer différentes manières dont la philosophie s’attache aux objets littéraires et dont ces objets lui permettent de produire une réflexion qui relève de son propre domaine discursif. Elle avait amené le constat que la « littérarité » sur laquelle la philosophie peut enquêter est aussi bien le propre de textes que nos classifications contemporaines mettent du côté de la littérature, que de textes que ces mêmes classifications rangent du côté de la philosophie. Il y a une littérarité du texte philosophique, une matérialité littéraire de l’argumentation, qui induit des processus d’écriture et de lecture spécifiques. C’est cette littérarité de la philosophie que l’on voudrait à présent travailler.

En effet, si dernièrement l’on a davantage porté attention aux formes de l’écriture philosophique, prenant acte du fait que les raisonnements des philosophes ont toujours la forme de textes développant des stratégies, et notamment des stratégies rhétoriques, l’analyse en reste souvent au stade du constat, en se plongeant peu dans l’étude des formes particulières de discours philosophiques. On reconnaît bien à la philosophie une parenté avec la littérature : parenté dans les objets, parenté dans la manière dont elle manie le langage et informe le raisonnement. Mais la reconnaissance de cette parenté, outre le fait qu’elle n’est pas toujours exempte de l’accusation, ancienne, faite à la philosophie de n’être « que » de la littérature, c’est-à-dire de n’être pas assez « scientifique », reste souvent à la surface de la ressemblance. On invoque, à juste titre, l’origine commune de la littérature et de la philosophie, et leur séparation récente, ou encore les ressemblances formelles entre les deux types d’écriture et de lecture, mais sans s’arrêter au détail de cette similarité, ou de cette hybridation, entre deux formes de discours aujourd’hui fortement hétérogènes dans leurs méthodes et leurs buts.

Ce que l’on se propose de faire dans ce colloque, c’est donc de discuter les formes précises que prennent les textes philosophiques, en quoi ces formes peuvent être analysées comme littéraires et, surtout, quels effets cette littérarité génère, du point de vue de l’écriture comme de la lecture. Pour éviter d’être, au choix, sans cesse reconduit au caractère littéraire de la philosophie comme à un écueil mettant en cause ses possibilités de véridiction, ou bien réduit à un simple constat de la ressemblance formelle ne mettant aucunement en cause l’effet de cette ressemblance sur les idées, on souhaite prendre de front la question de la présence du littéraire au sein de la philosophie, et de ses effets sur les processus de connaissance que cette dernière induit. Quel est l’effet de la structure formelle du texte sur le lecteur, à travers la manière dont le texte donne à connaître et administre la preuve, mais aussi sur l’auteur, dans le processus de l’écriture ? En quoi la dynamique de la réflexion philosophique est-elle du contact entretenu avec les formes particulières d’écriture prises par le texte écrit ?

On aimerait aborder ces thèmes à travers deux axes.

Le premier est celui qui consiste à se demander quel type d’analyse les études littéraires peuvent produire à partir de textes philosophiques, et à quoi elles s’intéressent quand elles les prennent pour objet. Quels types d’objets mettent-elles en évidence quand elles s’appuient sur des textes de la tradition philosophique, et comment circonscrivent-elles ces objets dans un corpus qui, a priori, n’est pas le leur ? Se pose du reste, en retour, la question de savoir ce qu’une analyse des procédés littéraires présents au sein des textes philosophiques change à la compréhension de ces derniers, et quelles lectures les différentes options d’analyse rendent possibles. On voudrait ainsi se demander ce que la littérature, comme méthode et comme manière de qualifier les objets textuels, change à la compréhension philosophique de ces textes.

Le second axe que l’on voudrait suivre a trait aux effets de « subjectivation », et avant tout aux effets de subjectivation éthique, suscités par l’écriture et la lecture philosophiques. Comment la forme de ces textes et le style discursif qui est le leur engagent-ils à certains « exercices spirituels » déterminés ? En quoi lecture et écriture correspondent-elles à des modes distincts de cette subjectivation ? On pourra ainsi s’attacher à certains cas déterminés, ou bien à un examen plus historique de la variation de leur forme. Mais dans chacune de ces approches, l’enjeu est bien de se demander comment la littérarité propre à des textes philosophiques transforme l’auteur et le lecteur, et de s’interroger sur les conditions de possibilité et les modalités précises de cette transformation. Ce second enjeu, qui tient à la portée éthopoiétique de la philosophie, n’est pas étudiable indépendamment d’une compréhension plus fine de cette littérarité philosophique que l’on cherchait en premier lieu à analyser. Il fait signe vers la longue tradition des exercices spirituels, qui constitue presque un genre de la philosophie, mais permet aussi, ou du moins c’est notre hypothèse, d’éclairer la compréhension d’œuvres apparemment extérieures à cette tradition, dès lors qu’elles se proposent de transformer le lecteur, ou qu’elles ont, de fait, cette capacité.

À travers cette interrogation sur le littéraire dans la philosophie, on espère donc ouvrir un certain nombre de discussions quant aux objets et aux méthodes d’une telle enquête : non seulement juxtaposer des objets hétérogènes, mais se demander ce que, avec nos catégories de lecture et de réception, nous pouvons faire du constat de cette littérarité, et quelles pistes de recherche s’offrent à nous.

Daniele Lorenzini & Ariane Revel